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( 4 juillet, 2017 )

La dernière semaine

Comme chaque année, les enseignants entament la dernière semaine, celle très attendue. Ils sont arrivés en bout de course, épuisés, le visage tiré. Cette Der est un vrai symbole que ne peuvent comprendre que ceux qui la vivent. C’est l’heure du bilan. Le couperet tombe. Comment fut l’année ? Quels noms vont rester gravés dans les têtes des maitresses et dans celles des enfants ?

Avec l’âge, j’aime observer cette semaine où les enfants vont se révéler sous un jour différent. Plus de pression, plus de notes, juste le résultat d’un an de vivre ensemble.

Chacun se lâche un peu, la pression de l’année tombe. De plus en plus d’élèves partant en général au Magrehb fuient cette dernière semaine. Je trouve cela dommage parce que l’école est obligatoire, et que l’on assiste de plus en plus à une fracture entre ce que l’on a envie, et ce qui devrait être, à se demander parfois si nous avons une véritable utilité de nos jours. De plus, cette dernière semaine est celle où on rit, où on échange, où les mots vont rester. Même si ma fatigue est immense, j’aime beaucoup les jours qui arrivent, les derniers sourires sur le visage des enfants, quelques larmes parfois qui coulent de leurs yeux. Une page qui se tourne, une de plus devrais-je dire. Cette année fut difficile, mais de jolies choses se sont dessinées, de beaux projets ont fleuri, alors j’espère juste faire encore mieux l’an prochain. On peut toujours monter plus haut ! En tous les cas, bonne chance à tous mes collègues, même si nous finirons en loque à 62 ans voire 65, nous faisons un bien beau métier !

( 3 juillet, 2017 )

Comme une bouteille à la mer

Qui n’a pas dans un moment de déprime ou de lassitude voulu lancer une bouteille à la mer le jour où le coeur était trop lourd, où le monde semblait se teindre en gris ? On a tous un instant où tout devient flou. Qui n’a pas eu au bout de la langue envie de hurler ces mots qui emprisonnent, ces mots qui doivent sortir, ces mots qui restent.

Que faire pour continuer à avancer ?

 

Avec l’innocence d’un enfant, il va prendre une feuille de papier, tracer quelques phrases qui pleurent, quelques phrases qui saignent, quelques phrases qui doivent être dites même si c’est une erreur, même si rien n’a de sens, même si ces phrases sont destinées à s’écraser contre un mur. Il va vider son corps, son âme de toute cette pression, de tout cet amour si violent, si fort, trop fort, parce qu’il a l’impression d’avoir moins mal, parce qu’il espère que l’autre comprendra, que l’autre acceptera, simplement, sans juger, sans même parler. Il rêve même qu’il en sourira, que le lien s’entrelacera pour quelques secondes ou plus. Qui peut savoir ? Il y met tout son coeur, ses dernières forces, son énergie.

Il envoie alors sa bouteille le coeur léger, l’imaginant glisser le long de la rivière, s’évader, traverser des plaines et des vallées, et un jour atteindre son but, le seul, celui qui est, l’ultime, l’Autre.

Qui n’a pas imaginé un jour l’Autre recevant cette bouteille, la cassant pour lire le message laissé, les émotions sur son visage, l’éclat dans ses yeux, et puis, la réponse, celle attendue, celle qui doit-être, ce bonheur, cet amour, ce présent qui se dessine.

Malheureusement, en cours de route, la bouteille se casse.

Le rêve disparaît.

Le livre se ferme à jamais.

Et pourtant, comme une bouteille à la mer, il espère l’impossible …

Et vous ?

( 2 juillet, 2017 )

Ce mirage, la retraite

La quoi allez-vous me dire ? Vous savez bien, cette carotte que l’on vous fait miroiter depuis le jour où vous signez votre premier contrat de travail, ce qui vous pousse à vous surpasser parce que vous imaginez déjà avec ferveur le rêve éveillé, à un âge où vous serez en bonne santé, prêt à faire le tour du monde. Et oui, lorsque j’ai signé, c’était 55 ans …

Et puis, les gouvernements se succèdent, l’âge de la retraite change, les rêves s’effondrent.

Le premier qui me parle du bonheur de prendre sa retraite, je lui envoie une cannette dans la figure. Honnêtement, lorsque j’ai signé mon premier contrat, je n’avais que vingt ans. Je finirais donc à soixante-deux ans, peut-être, mais ce que l’on ne nous dit pas, c’est,  ayant bossé avant quinze ans dans le privé, ma retraite de l’EN n’atteindra pas les 60%, et celle d’avant , accrochez-vous, même pas 100€ par mois !

Avant, je rêvais d’une retraite où j’aurais pu, vu le nombre d’années travaillées, le nombre d’enfants que j’ai mis au monde, voyager, faire les musées, vivre de mes passions. Aujourdhui, je serre les dents , et regarde d’un regard bien triste un avenir bien sombre. Je finirais telle une loque à 62 ans voire 65. J’ai envie d’interpeller les gens. Vous pensez vraiment que laisser des enseignants d’école ( collèges et lycées c’est autre chose) avec un âge si avancé n’est pas une ineptie ? Faut laisser la place aux jeunes ! Vous imaginez les écoles peuplées de vieux instits avec leurs canes, montant avec difficultés les escaliers, n’arrivant plus à tenir une classe, sujets aux trous de mémoire ? Derrière un bureau, c’est possible, devant trentre enfants du XXI siècle, c’est une ineptie.

Cela me fait peur lorsque je vois l’énergie que j’ai du mettre cette année qui m’a laissée sur le carreau avec le corps en lambeau, debout, oui, mais à quel prix ?

Combien de temps allons-nous tenir ? Et nous sommes toutes une fourgette dans ce cas. Cessons de regarder nos vacances, c’est un leurre ! On n’arrive même pas dépasser l’âge cinquante ans à récupérer avant quinze jours  ! Que l’on ne s’étonne pas si les jours d’arrêts maladie vont s’allonger, si les burn out vont s’accentuer, et si la relève se fera de moins en moins grande. Les seuls qui tirent leur épingle sont les vieux instits dans les campagnes. La vie dans les cités, c’est loin d’être le paradis !

Ministres, présidents, parents, venez passer une semaine dans notre univers. Il est merveilleux, je l’adore, mais ne rêvons pas, aussi motivés soit-on, on ne tiendra pas !

Et la retraite, pas sûr qu’un jour, on puisse être debout pour la savourer.

N’est-ce pas une honte dans un pays dit civilisé ?

( 1 juillet, 2017 )

Le respect

 

La fatigue autorise-t-elle tout ? J’assiste ces dernières semaines à un comportement terrifiant. Les professionnels, commerçants ou relationnels, font preuve d’un irrespect voire parfois de dérives langagières. Dans quel monde vivons-nous ? Je vais encore faire « ma vieille », mais j’ai envie de dire que de mon temps, on apprenait à respecter les autres. Jamais au cours de ma carrière, je me serai permis de traiter une personne de mots vulgaires (même si je n’en pensais pas moins !) . J’ai souvent serré les dents, souri aux remarques acides de certains. Les gens arrivent avec une colère qui leur est propre, pas nécessairement en rapport avec l’objet de leur rendez-vous. On sert souvent d’exutoire. Le problème est que ce besoin de vider ses émotions pourrait se faire dans le calme au lieu de cela la première réaction sera l’agressivité, la haine, les cris parfois, les injures et les menaces.

L’effet boomerang est le comportement identique chez les enfants de plus en plus jeunes, et là, c’est intolérable. Un gamin de six ans qui insulte un adulte, de sur quoi un enseignant ou un animateur, je trouve cela affligeant. Le respect n’est pas inné. On ne nait pas respectueux. On nait juste conscient de ses besoins et de ses désirs. C’est l’éducation qui va formater positivement le petit homme à être respectueux des autres, et dans ce domaine, il y a malheureusement beaucoup à faire ! Il ne faut pas s’étonner lorsque l’on croise des adultes insolents et vulgaires que tant d’enfants le soient aussi. Il serait temps que les parents se responsabilisent un peu plus, qu’ils puissent être un vrai exemple pour leurs enfants.

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