( 9 août, 2017 )

Mon père

 

Il est toujours difficile de parler d’une personne que l’on aime, bien plus facile de déblatérer sur nos ennemis, vous l’avez remarqué ? Parler de mon père, c’est vous faire entrer dans un jardin secret où la nuit est tombée depuis bien longtemps. Je n’ai même pas de mots pour vous parler de lui. Il était. C’était un homme difficile, compliqué, sauvage, et pourtant qui avait le coeur sur la main. Les autres venaient à lui, simplement, il les aidait, trop parfois.

J’ai vécu dans une famille très pudique au niveau des émotions, on taisait nos douleurs en silence. J’ai vu mon père pleurer une seule fois, le jour où j’ai incinéré mon fils. Cela m’a fait encore plus mal. Je ne me suis pas autorisée ce jour là à pleurer. Comme quoi, les larmes ne riment pas nécessairement avec douleur.

Mon père était un petit fonctionnaire, mais dans son âme, il était un vrai artiste, il peignait de superbes aquarelles, il passait des heures à faire des photos qu’il développait dans sa cave, et comme tout artiste, il avait un caractère épouvantable ! Il n’était jamais content de lui, ne cessait de douter, ma mère adepte de la pensée positive lui bottait les fesses pour l’empêcher de sombrer.

Mon père aimait les mots, il aimait les livres, encore plus que moi, c’est tout dire.

J’ai forgé mon caractère à son contact, souvent en désaccord d’idées ou de vie, nos joutes verbales restent légendaires. Est-ce la raison pour laquelle aucun de mes maris ou de mes amoureux ne lui ont ressemblé, quoiqu’en vieillissant mon homme commence à avoir son mauvais caractère ! :)

 

J’aurais tant de choses à lui dire aujourdhui, toutes les erreurs que j’ai commises à trop aimer, tous ces actes manqués, toutes ces larmes versées, ce vide de ne pouvoir l’avoir encore à mes côtés.

Vingt ans qu’il a tiré sa révérence, en quelques jours, sans prévenir, sans nous préparer, il a juste cassé comme une branche morte. Il n’avait que 57 ans, l’âge que j’ai depuis quelques jours. Prise de conscience que je peux aussi m’envoler doucement, mais non, je ne veux pas, j’ai besoin encore de temps, pourquoi la vie ne lui en a-t-elle pas offert un peu plus ? Pourquoi certaines de ses toiles sont-elles inachevées avec juste des traces de pinceaux où la peinture a séché ?

Pourquoi ?

1 Commentaire à “ Mon père ” »

  1. Elisabeth LEROY dit :

    Bonsoir Sylvie, ta note est très émouvante. Je comprends que c’est dur de perdre un père si jeune encore (57 ans c’est le début d’une autre vie, celle de l’apaisement). Depuis peu tu as 57 ans (je te souhaite un bon anniversaire !, ce sont les grandes vacances, tu es née pendant les vacances scolaires dis donc). Tu comprends que c’est encore jeune puisque tu es arrivée à cet âge. Et cela t’a rappelé ton père encore plus intensément. Passe un très bon week end (et je n’ose le dire, une bonne fin de vacances….). Bises.

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