( 1 mars, 2018 )

Société culpabilisante

 

Une fois encore la moutarde me monte au nez lorsque je lis certaines remarques acides envers des personnes rechercant de l’aide « Quoi, tu n’as pas voulu faire d’enfants ? Qu’est-ce que tu es égoïste ! » « Comment osez-vous placer vos parents dans une maison de retraite, votre devoir était de vous en occuper » « Quelle égoïste ! Tu passes ton temps à pleurer sur ton sort ou à te suicider, as-tu pensé à tes proches ? » «  Tu ne penses qu’à toi en ronchonnant, tu as un mari adorable même s’il te tape de temps à autre » etc

La liste est longue ! STOP à ces phrases insultantes. Si une femme a choisi de ne pas avoir d’enfants, c’est son droit. Vous êtes loin de tout savoir sur sa vie, tout comme vous ignorez ses raisons. De même trop de personnes culpabilisent les familles qui placent leurs parents. Il faut cesser de se croire dans le monde des Bisounours. Je peux personnellement parler du second cas, étant concernée. Prendre son père ou sa mère atteints de vieillesse ou de démence implique d’avoir des moyens financiers, un logement suffisamment grand, des ressources pour s’occuper de la personne. Qui à notre époque en dehors « des bobos » vivant dans un superbe appartement dans le VII arrondissement aura les moyens financiers ? On ne parle plus ni de devoir ni d’amour, simplement de survie, car chacun a le devoir de vivre pour lui, de s’occuper de lui avant de s’occuper des autres. (Ce n’est pas de l’égoi, juste de la survie)

Je ne supporte plus ces personnes qui dans leurs commentaires osent dire d’un ton pompeux à des personnes souvent déjà traumatisées par la découverte d’une maladie qu’elles sont redevables à leurs parents. Nous ne sommes plus au dix-neuvième siècle. On ne fait pas un enfant pour qu’un jour ces derniers se sentent obligés de nous garder près d’eux. Je me refuse personnellement à être un jour un poids pour mes enfants. Je les aime trop pour leur infliger une telle charge, et j’espère vraiment que d’ici vingt ans, le suicide assisté sera légalisé.

Quant aux remarques sur la violence conjugale, je frémis …

Toutes ces personnes qui culpabilisent ainsi les autres ne font que déverser leurs propres peurs, et rien d’autre.

Culpabiliser est une façon de dire à l’autre « Et moi, si ça m’arrivait, que devrais-je faire ? »

Je me souviens, il y a plus de trente ans lorsque j’ai annoncé que j’attendais un bébé alors que mon fils était atteint d’un cancer. Que de critiques j’ai entendues, que de violences mêmes comme si j’avais signé un pacte avec le diable. Je devais être sacrément « protégée » à l’époque, car tous ces pics ne faisaient que m’effleurer, sachant au fond de moi que je faisais le bon choix, celui qui permettrait de mettre un peu de lumière dans cette fin de vie difficile. Je n’ai jamais regretté lorsque j’ai vu le regard plein d’amour de cet enfant sur sa soeur, mon bébé lumière, qui m’a aidée à rester en vie « après » …

Alors, langues de vipère culpabilisantes, ravalez vite votre verve, occupez-vous un peu de vos oignons, et cessez sans cesse de pointer les failles des autres. Chacun est libre de ses choix, et certains choix ne sont pas faciles à faire mais ils n’appartiennent qu’à ceux qui les font.

4 Commentaires à “ Société culpabilisante ” »

  1. MARTINE MAGNIN dit :

    très difficile de se protéger des critiques et des remarques blessantes. J’en ai eu mon lot, avec un fils malade et mes divorces … j’ai appris la prudence, mais je ne suis pas sûre , moi-aussi, de ne pas parfois dire aussi des bêtises. je vais encore progresser, je le sais. Merci de ta colère

  2. handiparisperpignan dit :

    merci

    Dernière publication sur Les mots d'Ysabelle : Quand je vois ce que je vois...

  3. Tumtum dit :

    En fait si on y réfléchi, tout le concept de notre société actuelle est axé sur la culpabilité : on mange pas assez bien, on est pas assez écolo, on est pas assez beau, ni mince, on s habille pas assez bien, on gagne pas assez d argent, on vit pas dans un assez bel endroit, on a pas un assez bon ttavail, on possède pas toutes les technologies à la mode, on rentre pas dans une case de genre, on aime pas les bonnes personnes, on est célibataire ou on a pas un couple parfait, on baise pas assez ou trop, on est pas assez ambitieux, on est pas assez politiquement correct, on est pas assez sociable, ni assez charitable, ni assez généreux. Bref, on a pas une vie parfaite.
    Mais on est pas assez tolérant non plus.

    En fait pas étonnant qu il y ait tant de gens qui souffrent de dépression. C est carrément dur de sentir à la hauteur de non jour.

    On devrait pas avoir à justifier nos choix et notre personnalité. Et surtout de notre corps ou notre origine sociale, comme si on avait choisi ! Perso, je trouve de plus en plus difficile d être moi même. Ca devient un combat de tous les jours.

  4. Tumtum dit :

    En tout cas merci pour ton post. Ca fait du bien de ne pas se sentir seul sous les couvertures de culpabilité sociale.

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