( 1 avril, 2018 )

La chambre vide

 

La douloureuse absence fait souffrir violemment, blessure cuisante. On la prend en pleine face, et après il ne reste que le souvenir de cette chambre vide où il dormait, ces jouets sur le lit bien disposés comme s’ils attendaient son retour.

Petite fille enlevée par ce monstre, petit homme qu’une voiture a fauché, départ de l’époux, il ne reste rien si ce ne sont ces photos qui commencent à perdre leurs couleurs.

Les psys aiment parler du travail de deuil, des étapes à enjamber, des larmes à sécher, mais la réalité est tout autre. La chambre est aussi vide que nos coeurs. En manque de cet autre. Perdre un conjoint, un ami, un enfant est difficile. Tout parent qui perd un enfant est comme amputé d’un membre.

Perdre un enfant, c’est regarder l’univers qui s’écroule, cette impression de boire la tasse, de se noyer, de couler.

Pourtant , chacun vit le deuil à sa manière, et j’ai tendance à dire que le meilleur moyen de ne pas être hanté par cette chambre vide est de la repeindre ou de changer de logement. Vivre exclusivement dans le souvenir du passé ne peut apporter de soulagement. J’ai connu une jeune femme lorsque j’étais adolescente qui avait perdu son mari d’un accident. Elle passait ses journées à faire comme si rien n’était, mettant une assiette pour le disparu, s’habillant de sa robe de mariée etc. Inutile de dire que le travail de deuil ne pouvait se faire.

Se libérer, non pas du souvenir, mais de la douleur afin juste de la rendre acceptable, supportable. Un jour, cette absence ne sera plus qu’une fleur au creux de notre coeur, un peu comme un souffle d’espoir, un rayon de soleil qui va nous faire prendre la plume, noircir des pages afin peut-être simplement donner un sens à un non-sens.

1 Commentaire à “ La chambre vide ” »

  1. handiparisperpignan dit :

    oups … tes mots me parlent, me disent que nous avons tous un vide en nous, enfin, je crois. Bises

    Dernière publication sur Les mots d'Ysabelle : Il y a des ruptures

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