( 9 août, 2018 )

Les bourgeois, c’est comme …

 

J’aime bien me moquer gentiment des bourgeois ayant fréquenté ce milieu lorsque je passais mon bac, réfractaire aux mathématiques, mes parents m’avaient casée dans un cours privé dans le VII. Curieusement, j’y ai ensuite travaillé durant quinze ans. Un quartier de Paris que j’adore où les immeubles anciens vont rêver les amoureux de belles pierres. En ce qui me concerne, moi, la petite banlieusarde, j’y ai côtoyé des enfants de ministres, d’acteurs, ou de riches industriels. Je fus invitée dans des milieux somptueux où les baignoires faisaient presque une pièce. Depuis, cela s’est démocratisé, mais à l’époque, c’était du lourd ! Déjà du haut de mes dix-huit ans, je me moquais de ce que les gens pensaient, et prenais cette immersion comme un jeu. Je n’ai jamais envié ces amies de l’époque dont les parents donnaient comme argent de poche l’équivalent d’un mois de mon salaire actuel, alors je ramais avec mes 50 francs pour m’acheter des livres ou une place de ciné. Les familles de mes amies m’aimaient bien, peut-être simplement parce que j’étais une des rares à leur dire avec simplicité ce que je pensais ou à leur rappeler avec mon innocence que l’argent ne faisait pas le bonheur. Cette période m’inspire souvent dans mes manuscrits : couples instables ou la maîtresse était reconnue, autorisée même, enfants négligés qui venaient à m’envier les relations privilégiées avec mes parents, eux qui ne recevaient que des billets en remplacement d’amour. Je me souviens encore de ce jour où j’avais accepté de dormir chez cette amie, de cette femme, belle, grande, d’une classe inouïe avachie dans le salon en larmes. Moi, sur la pointe des pieds à la recherche d’un verre d’eau, elle attendant le retour de son mari parti courir la gueuse, vision d’une image craquelée. Au petit-déjeuner, monsieur était là, souriant comme pour une publicité, et sa femme maquillée, comme si rien n’était. L’image du couple parfait. Mon regard s’est-il malgré moi empli de pitié ? En partant le père de mon amie m’a murmuré à l’oreille « Bienvenue dans le vraie vie. ». Mon expression avait dû être éloquente.

Est-ce la raison pour laquelle depuis, les bourgeois me font sourire avec leur belle maison, leurs beaux principes, leurs vies soit disant sans tache ? Une chose est sûre, j’ai tout fait pour rester moi et ne jamais leur ressembler, parce qu’entre nous, comme le dit la chanson, les bourgeois, c’est comme …

 

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