( 2 avril, 2018 )

La rancune est-elle pathologique ?

Jeune, j’étais rancunière, c’était avant, même si à bien y réfléchir, ce n’était pas vraiment de la rancune, plutôt de l’indifférence. Je n’hésitais pas à passer à autre chose, sans un regard en arrière. La rancune, à l’inverse, est un sentiment qui dure, une haine qui se construit jusqu’à devenir obsessionnelle. Je connais des personnes rancunières, des vraies, et ce n’est pas beau à voir. Elles ne vivent que dans un désir de vengeance, souvent parce que leur égo fut touché. C’est vrai qu’afin que la blessure infligée disparaisse, il faut laisser son orgueil de côté, et certains individus sont tellement imbus d’eux-mêmes, que cette pensée leur est insoutenable.

Personnellement je ne crois pas au hasard, je ne cesse de le dire, et je pense que la vie se chargera toujours de punir les coupables ou d’ouvrir les yeux. On me dit utopique, je suis juste réaliste. L’homme est doté d’un cerveau, et donc possède une capacité de réflexion. À lui, de voir ce qui est écrit entre les lignes, de ne pas tirer à bout portant sans mesurer les conséquences. Comme dit souvent une amie « protéger son cul, ça a un prix ». Alors plutôt que de chercher à se protéger à tout prix parfois de magouilles ou de mensonges, contrairement à nos politiques, mieux vaut rester soi, avec ses casseroles, ses erreurs, et sa bonne foi.

Soyons sincères, la vengeance n’a jamais apporté la paix de l’âme, parce qu’elle n’efface pas le préjudice causé. On ne peut revenir sur le passé, juste prendre du recul, se poser les bonnes questions. Pourquoi la situation a-t-elle ainsi dégénéré ? Pourquoi n’ai-je pas ouvert les yeux à temps ? Pourquoi ne l’ai-je pas vu venir ce coup par derrière ? Est-ce pour cela que j’ai éta tellement en colère ? Ou bien simplement étais-je blessé ? Et l’autre, est-il un traitre, un monstre ou une victime ? Serait-ce simplement une erreur de communication ?

Pour moi, la rancune est une émotion toxique, et comme toutes ces émotions destructrices, elle s’avère pathologique. Je ne prône pas la réconciliation, certaines personnes sont incapables de faire ce pas, et les happy end sont surtout pour les romans, mais juste la raison. Ruminer une rancoeur peut conduire à une grande solitude. Pourquoi s’isoler dans sa douleur ?

La rancune consiste à rester bloquer sur une page, il y a tant de pages à vivre, à écrire, il peut-être temps de remplir des pages vides, non ?

( 1 avril, 2018 )

La chambre vide

 

La douloureuse absence fait souffrir violemment, blessure cuisante. On la prend en pleine face, et après il ne reste que le souvenir de cette chambre vide où il dormait, ces jouets sur le lit bien disposés comme s’ils attendaient son retour.

Petite fille enlevée par ce monstre, petit homme qu’une voiture a fauché, départ de l’époux, il ne reste rien si ce ne sont ces photos qui commencent à perdre leurs couleurs.

Les psys aiment parler du travail de deuil, des étapes à enjamber, des larmes à sécher, mais la réalité est tout autre. La chambre est aussi vide que nos coeurs. En manque de cet autre. Perdre un conjoint, un ami, un enfant est difficile. Tout parent qui perd un enfant est comme amputé d’un membre.

Perdre un enfant, c’est regarder l’univers qui s’écroule, cette impression de boire la tasse, de se noyer, de couler.

Pourtant , chacun vit le deuil à sa manière, et j’ai tendance à dire que le meilleur moyen de ne pas être hanté par cette chambre vide est de la repeindre ou de changer de logement. Vivre exclusivement dans le souvenir du passé ne peut apporter de soulagement. J’ai connu une jeune femme lorsque j’étais adolescente qui avait perdu son mari d’un accident. Elle passait ses journées à faire comme si rien n’était, mettant une assiette pour le disparu, s’habillant de sa robe de mariée etc. Inutile de dire que le travail de deuil ne pouvait se faire.

Se libérer, non pas du souvenir, mais de la douleur afin juste de la rendre acceptable, supportable. Un jour, cette absence ne sera plus qu’une fleur au creux de notre coeur, un peu comme un souffle d’espoir, un rayon de soleil qui va nous faire prendre la plume, noircir des pages afin peut-être simplement donner un sens à un non-sens.

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